Ce sejour nous a permis de decouvrir 2 univers totalement differents mais tres proches culturellement. Notre premiere escapade dans l'Arangkai grace aux contacts de AVSF nous a plonge dans la vraie vie des eleveurs locaux loin des circuits touristiques balises. Nous avons vecu ces 5 jours au rythme des animaux qu'ils cherissent enormement puisqu'ils representent toute leur richesse. Leur denuement apparent ne les empeche par de maintenir cette tradition d'hospitalite qui ne s'est jamais dementie. En effet, il est de coutume partout en Mongolie d'ouvrir sa porte a tout voyageur de passage. Cela vient du fait que dans ces immenses steppes, ou une tempete de neige peut se lever en qqes minutes, il existe peu de refuges, et ces yourtes sont la seule porte de suivie pour les voyageurs. Mais cette hospitalite doit toujours se faire naturellement et il ne faut en aucun cas la brusquer ou en absuser. C'est pourquoi nous avons change de yourte tous les 2 jours, pour ne pas trop importuner nos hotes et leur laisser un peu d'intimite.
Dans ces yourtes, c'est ce manque d'intimite qui nous a surpris. La piece est ronde evidemment et les lits se trouvent toujours le long des murs et servent dans la journee de canape. Pas moyen donc d'echapper au regard des autres, surtout que les portes des youtes ne sont jamais fermees a cle et que les mongols ne frappent jamais avant d'entrer. Cela renforce forcement les liens dans la famille, car les mongols se regroupent generalement par famille dans 3 ou 4 yourtes, et a facilite nos contacts avec les eleveurs. Lors de chacunes de nos entree dans une yourte, on nous a offert le traditionnel the au lait et les fromages +/- durs et +/- sales, qui sont l'objet de tant de debats chez les voyageurs occidentaux...
Le the traditionnel est un melange de lait, de "the" fait a partir d'une herbe des steppes et de sel... Ce qui surprend au depart, mais pour ma part je m'y suis bien habitue. D'autant mieux, qu'un peu de chaleur par le froid mongol fait toujours du bien... Parfois, on nous servait un autre type de the fait a partir des memes herbes mais melange alors a du beurre qui le rend bien gras au grand damme de Celia, qui est pourtant une grande adepte du Tea break.
Les fromages sont soit mous et sucres (dsagan arros), soit durs et sales (arros). Les premiers sont aussi un peu surprnants au debut, mais nous en avons fait une ventree a chaque passage dans une yourte... Les second sont plus difficiles d'acces et sont si durs qu'il faut une bonne heure pour arriver au bout d'une portion grosse comme un de...
Ces fromages sont souvent le seul moyen pour les eleveurs de conserver et d'exporter leur lait vers la ville. Ils proviennent soit du lait de bovin, soit du lait de brebis et de chevre. La plupart des eleveurs de l'Arangkai possedent des vaches mongoles, plus petites et plus rustiques que les vaches que nous connaissons en France, produisant environ 2l de lait quotidien en hiver, jusqu'a 5 en ete. Ils elevent aussi des yacks, a la fourrure beaucoup plus abondante et ne possedant pas de cornes. Les yacks produisent un lait 2 fois plus gras que les vaches traditionnelles mais en produisent 2 fois moins. Les eleveurs ont combine ces 2 especes pour en faire un hybride aux qualites intermediaires, les ayniks, qui sont tres interessants pour la production fromagere, mais qui, malheureusement, ne peuvent pas donner de petits feconds. Cela contraint les eleveurs a garder qqes yacks dans leur troupeau.
La traite des bovins est toujours un moment d'intense communion entre les eleveurs et leur betail et dans ces immenses steppes, nous avons assiste a une scene extraordinaire. En effet, les eleveurs parquent les veaux ensemble dans un petit enclos pour regrouper les meres et au moment de la traite, ils appellent chaque veau par son nom, pour le faire venir a la sortie de l'enclos et le laisser sortir pour teter sa mere. C'etait vraiment exceptionnel que de voir ces petits bouts se precipiter sur la porte a l'entente de leur nom... Mais malheureusement pour eux, la tetee ne dure pas longtemps car, une fois le reflexe de succion enclenche, les veaux sont retires de leur mere pour que les femmes mettent la main au pis. Les femmes sont en effet les seules a faire la traite ici, contrairement au Kirghizstan. Et il faut bien du courage pour traire pendant pres de 2 heures dans un froid glacial surtout quand les mains sont humidifiees par le lait. Nous, nous supportions difficilement ces 2h a cote d'elles a les aider a rentrer les petits veaux ou les mains dans les poches!!! Chapeau bas, mesdames...
Les hommes eux aussi ont le droit a leur part du frigo, car ils sont en charge d'aller amener les betes dans les paturages chaque matin et de les rentrer chaque soir. Le tout sur leurs petits chevaux si dociles. Ils sont aussi en charge de la corvee de bois, qui devient de plus en plus difficile. En effet, la deforestation menace grandement la region de l'Arangkai ou le nomadisme empeche les eleveurs de faire secher les bouses pour servir de combustible comme dans le sud du pays. Les forets se rarefient donc dangereusement et les eleveurs sont obliges de faire plusieurs kilometres pour aller couper le bois necessaire au chauffage et a toutes les activites de production fromagere. Cela compte beaucoup dans le choix du site pour dresser sa yourte en hiver. Les eleveurs changent d'endroit environ 4 a 10 fois par an et se deplacent de 20 km environ a chaque fois, tout en revenant aux meme enddroits tous les ans. Cela leur permet de beneficier des infrastructures sommaires (murets de pierres seches, enclos,...) construites les annees precedentes et d'ameliorer petit a petit leur ordinaire.
Le manque d'eau se fait aussi cruellement sentir dans ces steppes et en hiver quand tous les ruisseaux sont geles ou a sec, les eleveurs font fondre la neige pour s'approvisionner en eau, ce qui utilise grandement leurs reserves de bois. L'eau est donc tres precieuse et utilisee avec parcimonie ce qui se ressent un peu sur l'hygiene. Les woks necessaires a faire bouillir le lait et cuire les aliments sont donc sommairement laves et les eleveurs ne se lavent vraiment que lors de leur passage dans les bains publics en ville...
Les villes mongoles en elles meme n'ont vraiment rien d'atrayant et se resument souvent a des vieux batiments en beton delabres et a des villages de yourtes entoures de palissades de bois en peripherie. Mais nous y avons trouve une vraie chaleur humaine malgre le froid. L'hospitalite d'Ulrich nous a permis d'apprecier tranquillement Ulan-Bator que de nombreux voyageurs considerent comme la plus moche capitale du monde. Des marches vivants, des restos sympas et une vie nocturnes animee font de UB un bon point de passage obligatoire de notre periple.
Notre deuxieme sortie en steppe nous a permis de decouvrir l'ambiance des tours oganises pour touristes, meme si nous avons pris la solution "cheap" en choisissant la formule sans guide et en se tassant a 7 dans le superbe minivan russe. Cela nous est revenu a 100 euros pour 2 pour 8 jours, soit bcp moins que le budjet de 35 euros/j que nous nous fixons.
Nous avons donc decouvert le desert du Gobi et des eleveurs bien differents de ceux que nous avions connu dans l'Arangkai. Ils arrondissent leurs fins de mois en accueillant des bus de touristes pour la nuit. Ils delaissent donc petit a petit le cote elevage surtout dans les zones touristiques telles que les dunes de Kongorhin Els, ou les chameaux servent plus aux randonnees des touristes qu'a produire le lait recherche en cosmetique...
Mais en dehors de ce cote touristique, nous avons retrouve cet hospitalite extraordinaire et cette envie de decouverte des mongols. Nous avons ete seduits par leurs yourtes bariolees et leurs plats simples mais efficaces.
Le Gobi aurait ete plus que difficile a decouvrir sans recourrir a ces circuits organises et en dehors des points touristiques, il y a peu de choses a voir dans ce desert plat, vente et juste habite par des chameaux et des touffes d'herbes... Nous n'avons pas regrette notre expedition qui est restee malgre tout tres authentique, nous vous conseillons tout de meme de bien vous entendre avec vos coequipiers pour les questions de nourriture et de couchage avant le depart pour eviter les tensions qui ont gache qqes soirees lors de notre periple...
Au final, la Mongolie restera dans nos memoires comme un pays magnifique et reposant, avec des mongols natures et hospitaliers comme nous ne savons plus l'etre. Les eleveurs nous ont ouvert grand la porte de leurs yourtes, toujours prets a nous faire decouvrir leurs traditions et leur mode de vie, malgre la barriere de la langue. Mais cela est souvent un moyen de resserrer les liens et de faire durer les conversations...